La vue au travail, quelle responsabilité pour le médecin du travail !

Il n’est point besoin de mentionner que la fonction visuelle intervient de façon tout à fait essentielle dans l’accomplissement des tâches confiées et à assumer en milieu de travail. Si l’évaluation et l’inventaire des dangers et du risque liés au poste de travail et leur réduction relèvent de la responsabilité de l’employeur, c’est au médecin du travail que revient d’élaborer la décision d’aptitude au poste, une responsabilité exclusive, spécifique, essentielle, qui le mobilise.

Cette responsabilité procède d’une évaluation répétée régulièrement, de l’adéquation entre le contenu et les exigences du poste confiées et à tenir, et l’état de santé du salarié, évalué par le médecin du travail. L’exploration des capacités visuelles occupe donc une des toutes premières places dans l’investigation à conduire.

Aujourd’hui, la responsabilité du médecin du travail évolue. Force est de constater en effet que la diversification des situations de travail, et l’implication sans cesse croissante des responsabilités engagées entre les parties, amène à aborder des problèmes d’exploration et d’aptitude qui vont bien au-delà des mesures d’acuité en vision photopique ou des tests anciens et classiques de dyschromatopsie, compte-tenu justement de ces nouvelles situations de travail.

Pour faire face à cette évolution, le médecin du travail dispose d’un certain nombre de moyens. Il convient de rappeler à cet égard que des progrès notables ont été acquis dans les matériels d’investigation et d’évaluation des capacités visuelles mis à sa disposition. La médecine du travail s’est d’ailleurs toujours montrée friande de tout le matériel d’exploration visuel mis à sa disposition, qui ne cesse de s’améliorer, en élargissant également le domaine investigué. Ces progrès participent de l’ensemble des avancées en matière de santé visuelle, également visibles dans les soins prodigués par les ophtalmologistes et dans les équipements de protection, de correction et d’amélioration de la vue fournis par les opticiens.

Toutefois, il reste beaucoup à faire. L’exploration des capacités visuelles demeure un champ d’investigation tout à fait essentiel pour évaluer, à répétition et la vie durant, l’adéquation homme-travail. Il ne peut être confié qu’à des intervenants bien qualifiés, bien équipés, dont les infirmières de services de santé au travail. Je regrette encore de ne pas avoir été entendu il y a quelques années quand j’ai souhaité, au niveau national, qu’une qualification ‘infirmière en santé travail’ soit créée au sein des écoles de soins infirmiers à côté des qualifications complémentaires déjà enseignées. L’actualisation de l’adéquation entre les moyens d’exploration et les nouvelles conditions du travail prendra sûrement encore un peu de temps…

Pierre Catilina
Professeur émérite, Faculté de Médecine de Clermont-Ferrand
Ancien membre titulaire du Conseil Supérieur de la Prévention du Risque Professionnel (CSPRP)
Membre du Conseil Scientifique de l’ASNAV